Dans mon quartier il n'y a pas de bonne boulangerie. Au bout de quelques mois, j'en déniche une, pas mauvaise, près de mon école, à environ 7 stations de métro de chez moi. Le soir après les cours, je décide donc d'aller y acheter ma baguette pour le petit déjeuner du lendemain. Le monsieur devant moi, qui n'a pas l'air d'un original, demande une baguette (quoi de plus normal me direz-vous...) COUPEE EN DEUX, aussitôt dit, aussitôt fait. La boulangère a, à portée de main, tout l'équipement ad hoc : une sorte de massicot à pain (!!) et le "sac à baguette" élargi afin de pouvoir y glisser les 2 moitiés de baguettes côte à côte!
Mon tour arrive, je demande une baguette... (bah oui une baguette coupée en 2 ça sèche 2 fois plus vite) le geste de la boulangère se suspend quelques seconde au dessus du fameux massicot... puis opte pour le "sac à baguette" simple, celui qui ne recouvre que la moitié du pain. Je paie, remercie et quitte la boulangerie en direction du métro.
Il m'a alors suffit de descendre dans le premier couloir pour me voir opposer les regards ébahis des voyageurs et employés de la ligne.
A ce stade de l'histoire, cher lecteur provincial, tu dois savoir que l'usager du métro est l'espèce humaine la plus blasée du genre. Habitué aux excentricités de ses congènères, rien ne l'émeut (cheveux verts, jaunes, bleus, bicolores, chaussures dépareillées, mini-mini-jupes, chapeau de cow-boy, voisin éméché, odeur nauséabonde, cris...).
Nous voila pourtant (ma baguette et moi) l'objet de toutes les curiosités... "Du pain dans le métro" crois-je entendre sortir de la bouche d'un vigile offusqué... Desespérée je cherche le panneau stipulant qu'il est interdit de transporter du pain dans le métro... RIEN.
En m'installant dans le wagon je scrute, et en effet, pas de nourriture, rien. Le parisien véritable omnivore, non pas parce qu'il mange de TOUT mais parce qu'il mange TOUT le temps, s'abstient dans le métro. Il lit, dort, somnole, mate, râle, discute, sue, pousse, écoute de la musique, se fait les ongles, se maquille, téléphone, envoie des textos, surfe sur Internet mais IL NE MANGE PAS. Pourquoi?? Je n'ai à ce jour pas encore percé le mystère...
Le métro n'est final pas un lieu si sale que ça, le parissien le sait et la grêve des agents d'entretien de la RATP lui a récemment montré ce qu'était un métro sale...alors...
J'ai continué depuis ma tournée des boulangeries parisiennes, il s'est avéré que le massicot et le "sac à baguette" élargi sont des outils universels de la boulangère parisienne! Et, partout, le monsieur, la dame, le gamin, la grand-mère, l'ado de devant moi continuent à demander : "bonjour, une baguette coupée en deux s'il vous plaît..."
